Raconter le Cambodge ? mission impossible ! Tout y est trop différent de notre vie occidentale, à commencer par le rythme des journées. A 5 heures du matin, le village s’anime : la nuit est encore profonde mais les bonzes entonnent déjà les chants pour la commémoration des cent jours* cependant que le journaliste de RFI tonitrue l’actualité de la campagne électorale française sur le transistor du propriétaire. Les clochettes des charrettes à cheval tintent gracieusement sur la piste. Les minibus se croisent dangereusement à grand renfort de coups de klaxons, la langue khmère résonne dans toutes les conversations du voisinage, il n’est plus question de dormir. A huit heures, toutes les activités cessent, plus un bruit, il faut cependant s’organiser pour lutter contre les divers tracas de la vie en campagne.

- Un bras du Mékong à ChiHè
L’ennemi numéro 1, c’est la poussière contre laquelle il faut protéger soigneusement tout le matériel informatique et audio-visuel ainsi que les diverses sources d’énergie :les batteries , le panneau solaire ultra - léger, pliable, lavable, dernier cri de la technologie de l’armée américaine. Après la douche, il faut se résigner à s’essuyer avec un méchant carré de tissu puisque les belles serviettes de toilette sont mobilisées pour emmailloter l’imprimante. Pendant ce temps, la chaleur monte. Après onze heures, il vaut mieux s’abriter dans la maison, prévoir de ne ressortir que vers seize heures trente, mais à ce moment-là, le soleil descend, le vent tombe, la lumière décline, les bestioles attaquent. C’est l’heure des fumigènes, des aérosols et autres pulvérisations préventives. Heureusement, il y a le merveilleux alizé qui rafraîchit tendrement l’atmosphère en faisant virevolter gracieusement des papillons aux ailes géantes d’un noir de jais, curieusement tachetées d’un dessin géométrique blanc en forme de fleur à quatre pétales, ou des machaons jaunes striés de noir, aujourd’hui presque complètement disparus de nos campagnes. Il y a aussi les délicieux fruits tropicaux, des plus connus : ananas, mangue, noix de coco, aux plus étonnants, tant par leur nom que par leur aspect : jaques, longanes, ramboutans, pommes d’eau et autres mangoustans… Surtout, il y a les Cambodgiens, si jeunes, si vifs, si actifs, toujours prêts à sourire à l’inconnu même si celui-ci n’apporte que sa tenue d’étranger et son air ahuri devant ce foisonnement de vie en apparence si facile, alors qu’en réalité il ne s’agit que d’une façade dissimulant beaucoup de misère. Puisqu’ « impossible n’est pas français », voilà le Cambodge, mon Cambodge.
* une cérémonie religieuse de chants et prières, est organisée 100 jours après le décès de quelqu’un pendant toute la journée.
Michèle Levavasseur

- En route pour le lycée
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