Dans ce quartier de Missérété où règne un calme de monastère se trouve installée "la Passerelle". Une vaste aire de jeu accueille le visiteur de ce centre exclusivement réservé aux filles. Elles sont une soixantaine, les unes plus jeunes que les autres, qui y ont trouvé un refuge, des oreilles attentives, un gîte et du pain. Ces enfants âgées entre trois et seize ans sont accueillies, hébergées en vue d’une réinsertion sociale, scolaire ou professionnelle. Elles n’en donnent plus l’air, mais aux dires de Laetitia Akplogan, coordinatrice du centre, cet effectif est composé « de fillettes égarées, abandonnées ou maltraitées, de filles ayant fugué ou en rupture marquée avec leurs cellules familiales. Ployant, pour la plupart, sous le poids d’une ineffable misère, ces filles sont aussi victimes des déviances morales, des abus, de la cupidité et de la cruauté de certains adultes. Tandis que certaines sont confrontées au mariage forcé, d’autres, proies faciles, sont des cibles impuissantes de toutes sortes d’abus. A cela s’ajoutent celles qui sont victimes de traite au plan national et sous-régional et ayant souvent besoin d’un peu d’attention, de soins ou d’un hébergement d’urgence en attendant la médiation familiale. »
Depuis le début de cette action sociale en faveur de la protection et la réinsertion familiale et sociale des enfants en difficultés, l’association a ainsi accueilli, soigné, écouté et orienté près de 3 .000 filles victimes de violences diverses, venues de toutes les régions du pays, confiées par le juge des mineurs, la police et les brigades de gendarmerie.
La nécessité de créer ce centre s’est imposée après six ans d’actions de terrain menées par des volontaires béninois, sensibilisés à la cause des enfants et des jeunes adolescentes en grande détresse. « En 1997, lorsque nous avons été amené, pressé par l’urgence des enfants en difficultés, à prendre l’initiative qui a conduit à la création de ce centre, notre chemin avait croisé la route d’une française, Mme Reine COSTARD du GREF, celle par qui tout a été possible », témoigne, plein de reconnaissance, Samuel Houssou, président de l’association Espace Solidarité Globale Bénin.
Mais le centre qui n’était pas destiné à être un foyer, s’est au fil des années, retrouvé avec un nombre important d’enfants moralement et psychologiquement éprouvés et qui ont perdu tout repère. Leurs parents n’ayant pas été retrouvés après plusieurs années d’enquête sociale, elles sont mises à l’école, pour les plus jeunes, et en apprentissage pour les plus âgés. 45% de l’effectif est ainsi réparti dans des ateliers pour des formations et apprentissage en couture, tissage de pagnes et de nattes, fabrication d’objets utilitaires, de savon.
« A l’origine, nous avions assigné à la Passerelle, une mission de SAMU social. », explique Wilfrid Hervé Adoun, le responsable administratif et financier de l’association. Il s’agissait de réaliser un accueil d’urgence pour des enfants menacées et ayant besoin de mesures impératives de protection. Mais très vite, le centre précédemment installé dans des locaux très modestes pour douze pensionnaires a été submergé. Les locaux s’étaient révélés trop petits. La demande était plus forte que ce qu’il était possible d’offrir. « C’est alors que nous avons sollicité l’assistance du Fonds de Solidarité et de Développement du Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’ambassade de France à Cotonou. Grâce à ce partenaire, nous avons pu ériger ces beaux bâtiments et offrir un espace de jeu mieux adaptés en vue d’accueillir et de mieux protéger ces enfants qui, croyez-moi, ont bien besoin de se reconstruire au propre comme au figuré », déclare le responsable financier, visiblement satisfait et soulagé.
Cette initiative vieille d’une quinzaine d’années est donc désormais logée dans des bâtiments modernes et flambant neufs, installés sur un espace de 1500 m2 attribué par la préfecture de Porto-Novo et la commune de Missérété. La Passerelle qui y a emménagé en octobre 2007, fonctionne sur la base d’une dynamique action partenariale entre l’Espace Solidarité Globale Bénin et le Groupement des Retraités et Educateurs sans Frontières (GREF), une association française.
L’ESGB a, par ailleurs, réussi à mettre en place, avec l’assistance de l’Unicef et le concours de la mairie de Porto-Novo, des baraques dans le marché Ouando et sur la place publique Jean Bayol pour le travail de prévention en milieu ouvert. Les éducatrices de "la Passerelle" y écoutent les enfants et prodiguent des soins d’urgence aux fillettes placées en servitude, les fameuses Vidomègon.
Seulement, l’ampleur des abus dont les enfants ont été victimes, impose la création d’un petit dispensaire de soins de première nécessité. Ceci en vue d’une prise en charge plus efficace et plus diligente des pensionnaires qui ont souffert de maltraitances et de viols. Ce petit centre de santé devra également permettre de soigner les autres enfants de ce quartier de Missérété en guise de participation aux actions de développement local et en reconnaissance pour l’hospitalité et le domaine gracieusement offerts à la Passerelle.
Au cours de ces années au service des enfants, l’Espace Solidarité Globale Bénin a travaillé et tissé un solide réseau de partenaires aux compétences diverses. Entre autres, on distingue AIMER (Aide et Information pour le Monde des Enfants de la Rue), une autre association française, le Conseil général de la Manche, le Conseil régional de Basse Normandie, l’association Espace Solidarité de Neville sur Mer qui sont d’importants partenaires opérationnels. Comme le disent les responsables du centre, « il n’y aura jamais assez de bras pour prendre en charge ou soulager la misère des enfants qui manquent du minimum. Car, si avoir des parents, un toit, se nourrir, se vêtir, se soigner et s’instruire peuvent paraître bien banals pour beaucoup de personnes, c’est encore un rêve pour la plupart des pensionnaires de « La Passerelle ».
Par Hyacinthe KOUDOROT
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