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Agir au GREF    Version imprimable de cet article Version imprimable

Un engagement citoyen

Avant de répondre à cette question, méfions-nous des confusions qui entourent l’idée de citoyenneté. « On assiste (actuellement), écrit l’historien Claude Lelièvre, à une inflation des termes : citoyenneté, citoyen, civilité et son envers incivilité, utilisés l’un pour l’autre. Ces glissements de sens, ce tournis notionnel, sont vraisemblablement les signes de l’embarras où nous sommes et d’une incapacité (provisoire ?) à décider clairement et en connaissance de cause, sans ambiguïté protectrice ».

Mais il y a peut-être plus grave que ce tournis notionnel qui affecte surtout l’éducation à la citoyenneté : c’est cette propension bien française à accoler au titre de citoyen sa nationalité ; on parle de citoyen français à tout bout de champ sans s’aviser que, très légitimement, très officiellement, tout citoyen français est aussi citoyen européen. De plus, même si cette qualification n’est pas officialisée comme l’est la citoyenneté européenne, ne sommes-nous pas tous et toutes, à l’heure de la mondialisation et du village planète, que nous habitons tous et toutes, citoyens du monde ? La citoyenneté comporte des échelles selon lesquelles il nous faut la lire et la comprendre, tout comme on lit des cartes géographiques.

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Plus de 500 adhérents du Gref aux journées nationales de Port Barcarès

Pour le GREF, c’est bien de citoyenneté mondiale qu’il s’agit ! Ne jamais oublier que nous sommes éducateurs sans frontières ! Le citoyen du monde est un être humain qui est titulaire de droits : le droit international des Droits de l’Homme que tout État doit reconnaître pour peu qu’il ait ratifié les Pactes et les Conventions issus de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Hélas entre reconnaître et appliquer existe un gouffre que seuls des citoyens conscients des problèmes énormes qui affectent le monde peuvent aider à combler en se référant inlassablement aux textes internationaux des Droits de l’Homme. Le droit à l’éducation est un droit de l’Homme : lorsque les militants du GREF partent aider des acteurs de ce droit, surtout dans les pays où il reste quasiment lettre morte, ils agissent en citoyens conscients que la citoyenneté de tout être humain est fondée sur les Droits de l’Homme et que ces droits ont une valeur et une portée universelles.

Plus encore le droit à l’éducation énoncé à l’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme* est la raison d’être de leur action, de toutes leurs actions.

La solidarité internationale entre tous les acteurs de l’éducation est souhaitable, et même nécessaire, pour que progresse ce droit à l’éducation dans le monde entier. C’est cette solidarité qui anime le GREF et ses militants.

Et en France, que peut-il se passer ? Sensibiliser les enfants vivant en France à la solidarité internationale, à la Convention internationale des Droits de l’Enfant, aux Droits de l’Homme, c’est cela, l’éducation à la citoyenneté**, qui ne doit pas être confondue avec la simple civilité, pas plus qu’avec le seul droit de vote. Apprendre la citoyenneté, ce n’est pas le simple rappel de la loi, contrairement à ce que prétendent certains responsables du système éducatif ! C’est plutôt faire comprendre comment s’élabore une loi, comment le citoyen d’une démocratie peut contribuer à cette élaboration en alliant démocratie participative et démocratie représentative, sans les opposer l’une à l’autre. En ce sens, on peut, dès l’école élémentaire, s’inspirer des programmes d’Éducation civique du collège qui s’appuient, chapitre après chapitre, sur les Droits de l’Homme*** et du Citoyen (1789) lesquels font intrinsèquement partie de notre Constitution, autant que sur la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Des associations, des ONG telles que la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, AMNESTY INTERNATIONAL FRANCE, interviennent pour et avec les enseignants afin d’ancrer l’éducation à la citoyenneté dans cette prise en compte des droits de l’Homme et des droits de l’Enfant.

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Réunion de la Commission des projets

Pourquoi le GREF ne collaborerait-il pas avec ces organisations ? Il est un autre champ d’éducation où citoyenneté et solidarité peuvent se déployer, c’est celui des centres de loisirs, des centres de vacances. Les FRANCAS ont, en ce sens, fait un énorme travail autour de la Convention internationale des Droits de l’Enfant qui comporte aussi bien le droit à l’éducation que le droit aux loisirs. D’autres coopérations sont sans doute à imaginer et à mettre en œuvre. Dans tous ces cas le GREF doit apporter son sens de la solidarité internationale et agir pour que le droit à l’éducation, de par le monde, ne reste pas un vain mot.

Novembre 2004, Francine Best

Notes

*L’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme stipule : Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire qui est obligatoire (…). L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations (…). L’article 28 de la Convention internationale des Droits de l’Enfant reprend cette même idée dans les termes suivants :

« 1. Les États parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation et, en particulier, en vue d’assurer l’exercice de ce droit progressivement et sur la base de l’égalité des chances… ils rendent l’enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous (…).

2. Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que la discipline scolaire soit appliquée d’une manière compatible avec la dignité de l’enfant en tant qu’être humain et conformément à la présente convention .

3. Les États parties favorisent et encouragent la coopération internationale dans le domaine de l’éducation, en vue notamment de contribuer à éliminer l’ignorance et l’analphabétisme dans le monde et de faciliter l’accès aux connaissances scientifiques et techniques et aux méthodes d’enseignement moderne. À cet égard il est tenu particulièrement compte des besoins des pays en développement. »

Ne pourrait-on croire que cet article a été écrit pour le GREF ?

** Pour concevoir une éducation à la citoyenneté qui soit une éducation aux Droits de l’Homme, on trouvera sur le site « droits partagés » conçu par Élizabeth Auclaire et par les CEMEA, de nombreuses indications et suggestions.

*** Rappelons que le mot Homme (avec majuscule) désigne, dans tous les textes internationaux tout être humain : hommes, femmes, enfants.

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Francine Best

Francine Bess est Inspectrice générale honoraire de l’Education Nationale. Ancienne directrice de l’INRP Présidente du GREF de 1992 à 1998 Présidente du Comité Français pour la Décennie des Nations Unies, concernant l’Education aux Droits de l’Homme

Article paru dans GREF infos



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